Chronimed : ses liens avec FondaMental et Marion Leboyer

Le scandale Chronimed, des essais thérapeutiques sauvages sur des enfants autistes français via des prescriptions non-autorisées de médicaments antibiotiques, antifongiques et antiparasitaires (prescriptions remboursées par la sécurité sociale), a éclaté voilà deux mois.  Il s’agit tout à la fois d’un scandale sanitaire, éthique, et d’un gaspillage d’argent public.

Nous posons ici la question de savoir si les pistes de recherche évoquées par la Fondation FondaMental méritent le soutien des pouvoirs publics en raison de leurs liens évidents avec les théories et autres mythes biomédicaux défendus par Chronimed. 

(3 des captures d’écran ci-jointes sont issues du site de Suzanne Ruhlmann, que nous remercions)

L’étude « Antibiotism »

Dès 2014, la Pr Marion Leboyer est en contact direct avec le Pr Luc Montagnier, l’instigateur de l’association et du protocole Chronimed, comme le prouve cette capture issue d’un diaporama tiré d’une présentation donnée à Strasbourg le 8 juin.

Extraite de : https://www.associationlymesansfrontieres.com/wp-content/uploads/Autisme_Lyme_Strasbourg_8juin__2014public-1.pdf

En 2015, la Fondation FondaMental annonce un projet d’étude franco-australien intitulé
« Antibiotism ». Outre que ce projet d’étude reprend exactement le postulat de Chronimed
(« traitement de l’autisme » par des antibiotiques), la liste des participants à ce projet est intéressante pour démontrer le lien entre FondaMental et Chronimed :

Capture d’écran prise par Suzanne Ruhlmann

  1. La Pr Marion Leboyer est la directrice de la Fondation FondaMental
  2. Le Dr Louis Teulières est un médecin de Chronimed (voir entre autres preuves, ici)
  3. Le Dr Philippe Raymond est un médecin membre fondateur de Chronimed, qui a déroulé un
    long exposé fort peu scientifique à propos de la « piste infectieuse » dans l’autisme durant
    le congrès « Sortir de l’autisme », en 2016. Cet exposé avance 70 % « d’améliorations », et promet même la guérison.

Les deux « conseillers scientifiques » du projet d’étude « Antibiotism », à laquelle Marion Leboyer devait participer,  sont des membres du réseau Chronimed.

Marion Leboyer est par ailleurs déclarée directrice d’un projet d’étude (Programme hospitalier de recherche clinique national, PHRCN) en double aveugle basé sur la prescription de minocycline (un antibiotique) à des adultes autistes « à haut niveau intellectuel ».

Coût annoncé : 548 764 €.

Capture d’écran prise par Suzanne Ruhlmann

Ou comment financer la mise en danger d’adultes autistes pour vérifier les théories charlatanesques de Luc Montagnier. 

Les liens entre Chronimed, FondaMental et la Fondation autisme

Cette page web démontre l’existence de liens de longue date entre Chronimed, la Fondation FondaMental, et la Fondation autisme présidée par M. Bertrand Jacques :

Les déclarations du Pr Marion Leboyer au Sénat en 2017

Marion Leboyer n’est vraisemblablement pas parvenue à faire financer l’étude « Antibiotism » en 2017, ce qui ne l’empêche pas de déclarer au Sénat avoir connaissance de « plus d’un millier d’enfants suivis pas un généraliste qui ont démontré, de façon non randomisée, que l’adjonction de traitements antibiotiques pendant de longues durée permettait d’observer des régressions extrêmement impressionnantes des tableaux autistiques ».

 

Capture d’écran prise par Suzanne Ruhlmann

Marion Leboyer semble être au courant des essais thérapeutiques sauvages réalisés par les médecins de Chronimed, ou du moins, elle ne questionne pas l’« observation » réalisée dans ces conditions « non randomisées », ce qui témoigne au mieux d’un amateurisme grave pour une professionnelle prétendant travailler dans la recherche clinique en autisme.

La vidéo de M. Bertrand Jacques pour FondaMental en 2019

Le 17 juillet 2019, la Fondation Fondamental publie une vidéo d’appel au « soutien à la recherche », dans laquelle apparaît M. Bertrand Jacques, président de la Fondation autisme (voir plus haut), reprenant point par point les théories des médecins de Chronimed, à avoir que l’autisme résulterait d’« un accident environnemental de nature immunologique ou toxicologique aggravé par des colonisations bactériennes, fongiques ou parasitaires » (la vidéo a depuis été supprimée de YouTube, mais elle reste accessible sur Facebook et Twitter). Dans l’état actuel des connaissances en autisme, rien ne permet de créditer cette « hypothèse étiologique », formulée par le seul « malade du Nobel » Luc Montagnier !

Août 2019 : pour FondaMental, la piste immunologique est « fortement suspectée » 

Le 30 août 2019, la Fondation FondaMental annonce que la « piste immunologique est fortement suspectée » dans la « survenue » des troubles du spectre de l’autisme, sur la base d’une étude sur… 35 personnes, dont les conclusions ne se prêtent pas à une affirmation aussi péremptoire. Une comparaison à l’international n’aboutit à aucun consensus quant au rapport entre autisme et immunologie (au contraire des pistes génétiques, elles, solidement documentées). 

Par exemple, cette recension de 11 études, publiée également en 2019, ne donne pas de résultats probants en faveur d’une association entre l’autisme et l’exposition précoce aux antibiotiques (recension Łukasik et al. 2019). Les conclusions de FondaMental s’apparentent à un biais de confirmation, et interrogent les financements publics dont cette fondation bénéficie. 

Voir sur : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/?term=%26%23×00141%3Bukasik%20J%5BAuthor%5D&cauthor=true&cauthor_uid=31175505

Cette étude de FondaMental, en 2019, a t’elle été menée véritablement pour explorer des liens potentiels entre autisme et phénomènes infectieux, ou bien pour créditer les théories du groupe Chronimed, avec lequel la présidente de FondaMental est en contact régulier au moins depuis 2014 ? 

Interactions de Marion Leboyer avec des responsables de politiques publiques en autisme

Marion Leboyer a participé à la commission scientifique de la « stratégie autisme » (voir ici), et est régulièrement auditionnée par Claire Compagnon et par d’autres responsables des plans gouvernementaux en autisme (voir par exemple ici et ici). Elle est membre du Comité de pilotage de l’université Aspie-friendly, ainsi que du « comité scientifique » de l’association Autisme Info Service (manquerait plus qu’elle soit aussi au conseil d’administration, dont la liste des membres n’est pas publique…)

Nous, personnes autistes, au vu de ses liens avec les médecins Chronimed, de ses biais de confirmation, et surtout de l’interrogation portant sur la connaissance possible qu’avait Marion Leboyer des médications sauvages réalisées par les médecins membres du groupe Chronimed, demandons que cette personne soit écartée de tout rôle décisionnel susceptible d’imposer des médications aux autistes de France.

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